Un roguelike est un jeu où chaque partie se déroule dans des niveaux générés au hasard et où la mort est définitive : on perd tout et on recommence au début, dans un monde différent. Pour commencer, le plus simple est de choisir un roguelite (la variante qui garde une partie de la progression) dans un genre que vous aimez déjà, avec des parties courtes.
Le mot est partout sur les boutiques en ligne, collé à des jeux d'action, de cartes, de plateforme ou de stratégie. Il recouvre pourtant une idée simple, née sur des ordinateurs universitaires il y a plus de quarante ans.
D'où vient le mot roguelike
Tout part de Rogue, un jeu d'exploration de donjon créé en 1980 sur les systèmes Unix par Michael Toy et Glenn Wichman, rejoints ensuite par Ken Arnold. Les graphismes se résument à des caractères de texte : le héros est un @, les murs des traits, les monstres des lettres. Mais deux idées y font leur apparition et vont durer. Le donjon change à chaque partie, généré par le programme. Et la mort efface tout : pas de sauvegarde pour revenir en arrière.
Le jeu circule dans les universités, fait des émules, et les jeux qui reprennent sa formule finissent par être appelés « roguelike », littéralement « comme Rogue ». NetHack et Angband, deux héritiers directs, ont encore leurs joueurs aujourd'hui.
En 2008, des développeurs réunis à Berlin pour une conférence consacrée au genre ont tenté de le définir. Leur liste, connue sous le nom d'interprétation de Berlin, classe des critères par importance : génération aléatoire des niveaux, mort définitive, déplacements au tour par tour sur une grille, gestion des ressources, exploration. Ses auteurs précisaient qu'un jeu pouvait manquer un critère sans perdre l'étiquette. La liste est depuis largement contestée, parce qu'elle laisse de côté la majorité des jeux qui se réclament aujourd'hui du genre.
Les mécaniques qui définissent le genre
Au-delà des querelles de définition, trois mécaniques reviennent dans presque tous les jeux du genre.
Des niveaux générés à chaque partie
La génération procédurale assemble les niveaux, les ennemis et les objets selon des règles, avec une part de hasard. Deux parties ne se ressemblent jamais complètement. Le joueur ne peut pas apprendre un parcours par cœur : il apprend des règles, des ennemis, des combinaisons d'objets. C'est ce savoir qui progresse d'une partie à l'autre, plus que le personnage.
La mort définitive
Le terme anglais permadeath résume le principe : quand le personnage meurt, la partie s'arrête et il faut tout recommencer. Ce qui pourrait sembler punitif change en réalité la façon de jouer. Chaque décision pèse, chaque objet rare se garde pour le bon moment, et les parties réussies laissent un souvenir fort.
La partie comme unité
Les joueurs parlent de run pour désigner une tentative, du début à la mort ou à la victoire. Une run dure de quelques minutes à plusieurs heures selon les jeux. Cette structure en boucle explique le succès du genre : on relance « une dernière partie » parce qu'elle sera différente de la précédente.
Roguelike ou roguelite : une querelle de mots
Le mot roguelite est apparu pour désigner les jeux qui reprennent l'esprit du roguelike en l'adoucissant. La différence principale tient à la méta-progression. Dans un roguelike au sens strict, une partie perdue ne laisse rien, sinon l'expérience du joueur. Dans un roguelite, on garde quelque chose : de la monnaie pour acheter des améliorations, des personnages débloqués, des raccourcis.
Hades, sorti en version finale en 2020 chez Supergiant Games, en est un exemple souvent cité : à chaque mort, le héros revient au point de départ, mais les ressources récoltées servent à le rendre plus fort et l'histoire avance. Dead Cells (2018) mélange le roguelite et l'exploration à la façon des metroidvanias.
Dans l'usage courant, la distinction s'est brouillée. Les boutiques en ligne et une bonne partie de la presse emploient « roguelike » pour les deux. Les puristes réservent le mot aux jeux proches de Rogue : tour par tour, grille, mort sans compensation. Les deux usages coexistent, et aucun n'a tort tant qu'on sait de quoi on parle.
Les grandes familles du genre
La formule s'est greffée sur presque tous les genres de jeux vidéo. Les étiquettes qui suivent se recoupent souvent, mais elles aident à s'orienter.
| Famille | Ce qu'on y fait | Exemples connus |
|---|---|---|
| Roguelike classique | Exploration de donjon au tour par tour, sur une grille | NetHack, Angband |
| Action | Combats en temps réel, salle après salle | Hades, The Binding of Isaac |
| Plateforme | Sauts, pièges et niveaux générés | Spelunky, Dead Cells |
| Jeu de cartes (deckbuilding) | Construire un paquet de cartes au fil de la partie | Slay the Spire, Balatro |
| « Survivors » | Survivre à des vagues d'ennemis, tir automatique | Vampire Survivors |
Pour débuter, les roguelikes de cartes ont un avantage : on joue à son rythme, sans réflexes, et une partie se reprend facilement. Les jeux d'action demandent plus d'adresse mais récompensent vite la pratique. Les classiques en tour par tour, enfin, offrent une profondeur considérable, au prix d'une prise en main plus austère.
Par où commencer
Le genre a une réputation de difficulté. Elle est en partie méritée, mais les roguelites récents sont nombreux à ménager les nouveaux venus. Quelques repères aident à bien démarrer.
Partez d'un genre que vous aimez déjà. Si vous jouez aux jeux de cartes, un roguelike de deckbuilding sera plus accueillant qu'un jeu d'action exigeant. Si vous aimez les jeux d'action, un roguelite à la Hades vous mettra en terrain connu.
Préférez les parties courtes au début. Une run de vingt ou trente minutes rend l'échec moins frustrant et laisse le temps de comprendre une règle de plus à chaque essai.
Regardez les options d'accessibilité. Certains jeux proposent des aides qui ne dénaturent pas l'expérience : Hades a par exemple un mode Dieu, qui rend le personnage un peu plus résistant à chaque mort.
Acceptez de perdre. Les premières parties servent à apprendre : quel ennemi esquiver, quel objet garder, quand prendre un risque. La progression se mesure à la distance parcourue, pas au premier succès.
Pour les plus jeunes, vérifiez la classification d'âge de chaque jeu : les thèmes et la violence varient beaucoup d'un roguelike à l'autre, et notre guide du PEGI explique comment lire les pictogrammes.
Sur quelle machine jouer
Beaucoup de roguelikes viennent de studios indépendants et demandent peu de puissance. La plupart tournent sur un PC modeste, sans qu'il soit nécessaire de revoir sa config PC gamer. Ils sont aussi largement présents sur consoles, et leur format en parties courtes se prête bien au jeu en mode portable ; notre comparatif Switch OLED ou Switch 2 aide à choisir si vous hésitez.
Le genre se joue surtout en solo, mais plusieurs roguelites proposent une coopération en ligne ou en local, où la mort de l'un peut coûter la partie à tous. Si vous cherchez à jouer à plusieurs, notre dossier sur les jeux coop donne des pistes pour choisir.
Ce que le genre a apporté au jeu vidéo
Le roguelike a montré qu'un jeu pouvait se renouveler sans fin avec un contenu limité, grâce à des règles bien pensées et à une part de hasard. Cette idée a gagné bien d'autres genres : on trouve aujourd'hui des éléments de génération procédurale et de parties en boucle dans des jeux de tir, de stratégie ou de gestion.
Il a aussi changé le rapport à l'échec. Mourir fait partie de l'apprentissage ; chaque partie ratée apprend quelque chose. C'est sans doute pour cela que le genre attire autant les petits studios que les joueurs qui n'ont qu'une demi-heure le soir. Les autres genres sont présentés dans la rubrique Jeux, au fil de la publication des dossiers.
Mythe ou réalité ?
Roguelike : vrai ou faux ?
Cinq affirmations sur le genre, de Rogue aux roguelites d'aujourd'hui.
Le mot roguelike vient de Rogue, un jeu d'exploration de donjon créé en 1980.
Réponse détaillée dans la partie D'où vient le mot roguelike
Rogue est né sur les systèmes Unix en 1980 ; les jeux qui reprenaient sa formule ont été appelés « comme Rogue ».Selon l'interprétation de Berlin, un jeu qui manque un seul critère ne peut pas être un roguelike.
Réponse détaillée dans la partie D'où vient le mot roguelike
Ses auteurs précisaient au contraire qu'un jeu pouvait manquer un critère sans perdre l'étiquette.Dans un roguelite, une partie de la progression est conservée d'une partie à l'autre.
Réponse détaillée dans la partie Roguelike ou roguelite : une querelle de mots
C'est la méta-progression : monnaie, améliorations ou personnages débloqués restent acquis après la mort.La génération procédurale permet d'apprendre chaque niveau par cœur.
Réponse détaillée dans la partie Des niveaux générés à chaque partie
Les niveaux changent à chaque partie : le joueur apprend des règles et des ennemis, pas un parcours.La graine d'une partie peut parfois être partagée pour rejouer exactement le même monde.
Réponse détaillée dans la partie La partie comme unité
La graine sert de base à la génération ; certains jeux permettent de la saisir pour recréer la même partie.Pour débuter, mieux vaut choisir les parties les plus longues possible.
Réponse détaillée dans la partie Par où commencer
Des parties courtes rendent l'échec moins frustrant et laissent apprendre une règle de plus à chaque essai.
Pour continuer : Lire la classification PEGI avant de choisir un jeu
Les questions des joueurs
Qu'est-ce qu'un roguelike ?
Un jeu où chaque partie se déroule dans des niveaux générés au hasard et où la mort renvoie au tout début, sans sauvegarde pour revenir en arrière. Le nom vient de Rogue, un jeu d'exploration de donjon créé en 1980. Le terme couvre aujourd'hui des jeux d'action, de cartes ou de plateforme.
Quelle différence entre roguelike et roguelite ?
Dans un roguelike au sens strict, une partie perdue ne laisse presque rien : tout recommence. Un roguelite conserve une forme de progression entre les parties (améliorations, personnages débloqués, ressources). Dans l'usage courant, les deux mots sont souvent employés l'un pour l'autre.
Les roguelikes sont-ils trop difficiles pour débuter ?
Ils demandent d'accepter l'échec, mais beaucoup de roguelites récents sont accessibles. Certains proposent des options d'aide, comme le mode Dieu de Hades qui rend le personnage plus résistant à chaque mort. Choisir un jeu aux parties courtes, dans un genre que vous connaissez, facilite les débuts.
Qu'est-ce que l'interprétation de Berlin ?
Une liste de critères définie en 2008 lors d'une conférence de développeurs de roguelikes à Berlin. Elle classe des traits du genre par importance (génération aléatoire, mort définitive, tour par tour, grille, gestion des ressources). Elle est aujourd'hui contestée, parce qu'elle exclut une bonne partie des jeux qui se réclament du genre.
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